Le 41, rue du Rhône change de direction. Après plus de seize ans, Patrick Cremers quitte la tête des Salons Patek Philippe de Genève. Monica Fuchs lui succède. Elle ne vient pas de l’horlogerie, mais de la mode et de la joaillerie de luxe.
Ce choix interroge. Les Salons sont l’adresse historique de la manufacture et sa principale vitrine. En confiant ce lieu à une dirigeante issue d’autres métiers du luxe, Patek Philippe change-t-elle la vocation de son adresse genevoise, ou la prolonge-t-elle ?
Nous verrons d’abord ce que représentent les Salons pour la marque. Nous analyserons ensuite le sens de cette succession. Nous montrerons enfin que ce choix répond à l’évolution du marché horloger.
I. Les Salons : un lieu de mémoire devenu vitrine commerciale

L’immeuble raconte l’histoire de la marque. Patek Philippe s’installe dans deux étages du bâtiment en 1853. La manufacture l’achète en 1891 et confie sa rénovation à l’architecte Jacques-Élisée Goss. Un cinquième étage est ajouté en 1907.
Sa fonction a ensuite changé. En 1996, la production part à Plan-les-Ouates. Le bâtiment devient alors le magasin principal de la marque. Les Salons sont officiellement inaugurés en novembre 2006.
Le lieu occupe une place à part dans le réseau. Selon la marque, c’est le seul point de vente qui présente l’intégralité de la collection courante. Il réunit aussi des ateliers d’horlogers, un salon Napoléon III et des espaces réservés aux événements.
Genève reste le centre d’un réseau volontairement restreint. La marque compte cinq Salons et Maisons : Genève, Paris, Londres, Shanghai et Pékin. Ce format limité fait de chaque adresse un outil d’image autant qu’un lieu de vente.
Diriger les Salons, c’est donc gérer un patrimoine et une relation commerciale. Le profil retenu pour succéder à Patrick Cremers éclaire la priorité donnée par la marque.
II. Une succession qui place la relation client au centre
Le départ de Patrick Cremers clôt une longue période. Il a dirigé les Salons pendant plus de seize ans. Selon le communiqué, il souhaite se consacrer à d’autres projets.
Le profil de Monica Fuchs marque un changement. Elle est titulaire d’un master en relations internationales et économiques. Elle a occupé plusieurs fonctions dans la mode et la joaillerie de luxe. Elle a pris ses fonctions le 1er octobre 2026, selon le cabinet de recrutement Meet & Match.
Son parcours s’est construit dans la vente de luxe en Suisse. Selon Meet & Match, qui s’appuie sur son profil LinkedIn, elle a passé plus de huit ans chez Tiffany & Co. Elle y avait la responsabilité de plusieurs boutiques à Zurich et à Genève. Elle a auparavant travaillé chez Loro Piana et chez Prada, au sein de Trois Pommes.
Ce parcours confirme une spécialité : la gestion de boutiques et de clientèles exigeantes. Monica Fuchs connaît déjà le marché genevois du luxe.
Sa mission est définie en deux volets. Elle doit préserver la place des Salons dans la haute horlogerie. Elle doit aussi garantir une expérience client d’excellence, selon les termes de la marque.
Ce cahier des charges met l’accent sur le service plutôt que sur la technique. L’expertise horlogère reste assurée par les ateliers et les horlogers présents sur place. La direction se concentre sur l’accueil d’une clientèle locale et internationale.
Ce choix n’est pas isolé. Il correspond à une transformation plus large du marché de la montre de luxe.
III. Un choix cohérent avec l’évolution du marché horloger
Le marché horloger suisse évolue à deux vitesses. Entre janvier et septembre 2026, les exportations progressent de 2,7 %, selon la Fédération horlogère citée par Blick. Cette hausse repose sur le très haut de gamme.
Les écarts entre segments se creusent. Les montres de plus de 3000 francs progressent, notamment chez Patek Philippe, Rolex ou Audemars Piguet. Les montres de moins de 200 francs sont passées de 20 à 10 millions de pièces en dix ans.
Le reste du secteur souffre. Zenith menace une centaine d’emplois. Breitling, Chopard et Montblanc réduisent aussi leurs effectifs, toujours selon Blick.
Dans ce contexte, la relation directe avec le client devient un avantage. Les marques de très haut de gamme vendent rareté, conseil et suivi. Un profil formé à la clientèle exigeante de la mode et de la joaillerie répond à cette attente.
Conclusion
Patek Philippe ne change pas la vocation de ses Salons genevois. Elle adapte leur direction à un marché où le très haut de gamme se vend par l’expérience. Le changement de profil sert ainsi la continuité du lieu.
Reste à voir si ce modèle s’étendra aux autres Salons du réseau. La nomination de Monica Fuchs pourrait indiquer la direction prise par la marque.
Sources
- Europa Star – Monica Fuchs prend la direction des Salons Patek Philippe de Genève (communiqué)
- Patek Philippe – Salons Patek Philippe Genève
- Patek Philippe – Salons and Maisons
- Meet & Match – Monica Fuchs prend la direction des Salons Patek Philippe de Genève (11 octobre 2026)
- Blick – L’horlogerie en difficulté, des voix brisent l’omerta


